Dans notre imagination, nous pouvons être audacieux, libres, sensuels, confiants. Nous pouvons nous imaginer dans des situations où le regard de l’autre nous fait vibrer et où notre corps semble n’avoir aucune importance autre que celle de ressentir.
Puis vient parfois la réalité.
Une lumière trop vive. Un miroir. Un vêtement qui ne tombe pas exactement comme prévu. Une partie de notre corps que nous préférerions cacher.
Et soudainement, cette liberté ressentie dans notre imagination devient plus difficile à retrouver.
Notre rapport au corps influence profondément notre intimité. Pourtant, se sentir désirable ne devrait pas être une récompense réservée au jour où nous aurons enfin atteint une version supposément parfaite de nous-mêmes.
Nous apprenons aussi à regarder notre corps
Personne ne naît en détestant ses cuisses, son ventre, ses rides, ses cicatrices ou la forme de sa poitrine.
Notre regard sur notre corps se construit.
Au fil des années, nous sommes exposés à des modèles de beauté, à des commentaires, à des comparaisons et à des images soigneusement choisies ou modifiées.
Nous apprenons subtilement quels corps sont montrés comme désirables.
Et parfois, nous finissons par croire que notre propre corps doit répondre aux mêmes critères pour mériter le désir.
Cette perception peut devenir particulièrement présente dans l’intimité.
Quand on se regarde au lieu de ressentir
Il existe une différence importante entre être dans son corps et observer son corps.
Dans un moment intime, certaines personnes se demandent :
« Est-ce que mon ventre paraît trop? »
« Est-ce qu’il ou elle regarde mes imperfections? »
« Est-ce que cette position me met en valeur? »
« Est-ce que j’ai l’air ridicule? »
Pendant que notre esprit analyse notre apparence, une partie de notre attention quitte les sensations.
Nous ne sommes plus complètement dans l’expérience.
Nous devenons presque spectateurs de nous-mêmes.
Et plus nous cherchons à contrôler l’image que nous projetons, plus il peut devenir difficile de nous abandonner au moment présent.
Le désir de l’autre ne passe pas nécessairement par notre propre regard
Il y a quelque chose d’étrange dans notre relation avec l’image corporelle : nous pouvons décider à la place de l’autre ce qu’il devrait trouver attirant.
Nous voyons une imperfection.
L’autre voit peut-être une courbe qu’il adore.
Nous remarquons une cicatrice.
L’autre voit simplement notre peau.
Nous nous concentrons sur quelques kilos supplémentaires alors que la personne devant nous est attirée par notre regard, notre assurance, notre voix, notre façon de bouger ou l’énergie que nous dégageons.
Le désir est beaucoup plus complexe qu’une série de critères physiques.
Et surtout, le regard que nous portons sur nous-mêmes n’est pas nécessairement celui que les autres portent sur nous.
Attendre le corps parfait peut nous faire attendre longtemps
« Quand j’aurai perdu du poids… »
« Quand je serai davantage en forme… »
« Quand je serai plus à l’aise avec mon corps… »
Nous pouvons facilement remettre certaines expériences à plus tard.
Prendre soin de soi ou souhaiter modifier certains aspects de son apparence n’a rien de problématique. Le piège apparaît plutôt lorsque nous conditionnons entièrement notre droit au plaisir à l’atteinte d’un objectif physique.
Le corps change toute la vie.
Il vieillit. Il prend ou perd du poids. Il porte parfois les traces d’une grossesse, d’une maladie, d’une chirurgie, d’un accident ou simplement du passage du temps.
Si nous attendons qu’il soit parfaitement conforme à nos attentes pour nous autoriser à vivre pleinement, nous risquons de repousser longtemps certaines parties de nous-mêmes.
Les fantasmes peuvent devenir un espace de réconciliation
Notre imaginaire possède justement une qualité extraordinaire : il peut nous permettre d’expérimenter une autre façon de nous percevoir.
Dans un fantasme, nous pouvons devenir la personne qui ose.
Celle qui porte cette tenue.
Celle qui prend l’initiative.
Celle qui accepte d’être regardée.
Celle qui se sent puissante, séduisante ou complètement libre.
Ces scénarios ne sont pas nécessairement une fuite de la réalité.
Ils peuvent parfois nous révéler quelque chose.
Peut-être que ce que nous désirons réellement n’est pas seulement une situation particulière, mais la façon dont nous nous imaginons à l’intérieur de cette situation.
Libre.
Confiant.
Désirable.
Assumé.
Explorer à son propre rythme
Développer une meilleure relation avec son corps ne demande pas de se regarder dans le miroir chaque matin en déclarant que tout est magnifique.
L’acceptation peut être beaucoup plus douce que cela.
Elle peut commencer par arrêter de parler constamment contre soi-même.
Choisir un vêtement dans lequel on se sent bien plutôt que celui qu’on pense devoir porter.
Tamiser la lumière parce que l’ambiance nous plaît, et non parce que notre corps devrait être caché.
Découvrir les sensations qui nous font du bien.
Accepter un compliment sans immédiatement le contredire.
Ou simplement reconnaître que notre corps mérite du respect même les jours où nous ne l’aimons pas particulièrement.
Se sentir désirable commence aussi à l’intérieur
La confiance corporelle n’est pas une destination où tous les complexes disparaissent.
Même une personne très à l’aise avec son apparence peut avoir des journées de doute.
L’objectif n’est donc pas nécessairement d’aimer chaque centimètre de son corps en permanence.
Il peut être beaucoup plus réaliste d’apprendre à ne plus laisser chaque insécurité décider à notre place.
Nous pouvons ressentir un complexe et choisir malgré tout d’être présents.
Nous pouvons être vulnérables et désirables.
Nous pouvons avoir changé physiquement et continuer d’explorer.
Nous pouvons vieillir et continuer de séduire.
Nous pouvons ne pas correspondre aux modèles que l’on nous présente et vivre malgré tout une intimité extrêmement riche.
Votre corps n’est pas le décor de votre vie
Il est facile de regarder son corps comme une image.
Mais notre corps n’est pas seulement quelque chose que les autres voient.
C’est ce qui nous permet de toucher, de frissonner, de rire, de nous rapprocher, de ressentir et d’explorer.
Il n’a pas besoin d’être parfait pour accomplir tout cela.
Apprendre à aimer son image peut donc commencer par quelque chose de plus fondamental : apprendre à considérer son corps comme un allié plutôt que comme un problème à corriger.
Et peut-être qu’un jour, devant ce miroir qui nous rendait autrefois si critique, nous ne verrons plus uniquement ce que nous aimerions changer.
Nous verrons une personne qui s’autorise enfin à vivre.
Le corps parfait pour explorer ses désirs n’existe pas. Il existe celui que nous avons aujourd’hui — et il mérite déjà d’être traité avec douceur, respect et liberté.