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Dormir dans le même lit, vivre ensemble… et ne presque plus avoir de sexualité

Publié le 17 octobre 2026 · Mis à jour le 19 octobre 2026

Dormir dans le même lit, vivre ensemble… et ne presque plus avoir de sexualité

Ils s’aiment.

Ils se donnent un baiser avant de partir travailler.

Ils font l’épicerie ensemble.

Ils connaissent les habitudes de l’autre par cœur.

Ils rient encore.

Ils planifient leurs vacances.

Le soir, ils se couchent dans le même lit.

Et pourtant…

Cela fait des semaines. Peut-être des mois. Parfois beaucoup plus longtemps qu’ils n’ont pas réellement fait l’amour.

Personne n’a officiellement décidé d’arrêter.

Il n’y a pas nécessairement eu de dispute.

Il n’y a peut-être même pas de problème évident dans le couple.

La sexualité s’est simplement faite plus rare.

Puis très rare.

Et un jour, quelqu’un réalise qu’elle a presque disparu.

Pour ce Samedi Tabou, parlons d’une réalité beaucoup plus répandue qu’on ne l’imagine : vivre ensemble, s’aimer… et ne presque plus avoir de vie sexuelle.

À quel moment devient-on un couple « sans sexualité »?

Nous aimons les chiffres.

Une fois par semaine?

Une fois par mois?

Quelques fois par année?

À partir de quelle fréquence devrait-on commencer à s’inquiéter?

La question est probablement mal posée.

Parce qu’un couple peut avoir des relations sexuelles rarement et être parfaitement heureux ainsi.

Un autre peut avoir une sexualité beaucoup plus fréquente et malgré tout vivre de l’insatisfaction.

Il n’existe pas un nombre universel qui détermine si une vie sexuelle est « normale ».

La question beaucoup plus importante est :

Est-ce que cette réalité convient aux deux personnes?

Si la réponse est oui, il n’y a pas nécessairement de problème à régler.

Mais lorsque l’un des partenaires souffre silencieusement de cette absence tandis que l’autre pense que tout va bien, quelque chose mérite d’être entendu.

Comment la sexualité disparaît-elle sans qu’on le décide?

Rarement du jour au lendemain.

Au début, on reporte.

On est fatigué.

On travaille tôt demain.

Les enfants ne dorment pas encore.

On traverse une période stressante.

On remet ça à la fin de semaine.

Puis la fin de semaine passe.

Une autre semaine commence.

Progressivement, l’exception peut devenir une habitude.

Et plus le temps passe, plus reprendre une intimité sexuelle peut devenir étrangement intimidant.

Parce qu’après quelques jours, on ne compte pas.

Après quelques semaines, on remarque.

Après plusieurs mois, on peut commencer à se demander :

« Comment est-ce qu’on recommence maintenant? »

On peut être très proche… sans être sexuellement proche

C’est probablement l’une des réalités les plus difficiles à expliquer.

Un couple peut être extrêmement complice.

Il peut y avoir de la tendresse.

Des câlins.

Des petits gestes d’affection.

Une véritable solidarité.

Un sentiment profond d’appartenir à une équipe.

Et malgré tout, la dimension sexuelle peut s’être effacée.

Cela ne signifie pas nécessairement que l’amour est mort.

L’intimité émotionnelle et l’intimité sexuelle sont liées, mais elles ne sont pas identiques.

On peut être profondément attaché à quelqu’un sans ressentir envers lui le même désir qu’autrefois.

Et reconnaître cette réalité peut être terriblement confrontant.

Quand les amoureux deviennent surtout des partenaires de vie

Les années transforment les relations.

Au début, nous nous rencontrons souvent principalement comme amoureux.

Puis arrivent les responsabilités.

Maison.

Enfants.

Carrières.

Finances.

Parents vieillissants.

Santé.

Logistique quotidienne.

Le couple devient extraordinairement efficace.

On répartit les tâches.

On gère.

On organise.

On résout.

Mais à force d’être d’excellents partenaires de vie, il arrive que l’on oublie progressivement d’être deux personnes qui se désirent.

Personne n’a nécessairement commis d’erreur.

Le quotidien a simplement pris énormément de place.

Celui qui ne demande plus

Parfois, l’un des partenaires a tenté plusieurs fois de provoquer un rapprochement.

Et plusieurs fois, il a entendu :

« Pas ce soir. »

« Je suis fatigué. »

« Demain peut-être. »

Chaque refus est parfaitement légitime.

Personne ne doit accepter une relation sexuelle pour préserver l’autre.

Mais émotionnellement, les refus répétés peuvent tout de même laisser des traces.

La personne cesse alors progressivement de demander.

Pas parce que son désir a disparu.

Parce qu’elle ne veut plus ressentir le rejet.

Et de l’autre côté, le partenaire peut interpréter cette absence d’initiative comme :

« Il ou elle n’en a probablement plus envie non plus. »

Deux personnes peuvent ainsi passer des mois à protéger leurs propres émotions… tout en s’éloignant silencieusement.

Celui qui se sent constamment sous pression

L’autre réalité existe également.

Lorsqu’une personne ressent beaucoup moins de désir, chaque geste tendre peut devenir inquiétant.

Un câlin pourrait mener à quelque chose.

Un baiser pourrait créer une attente.

Se coucher ensemble pourrait devenir le début d’une négociation implicite.

Alors la personne commence parfois à éviter même la tendresse.

Non parce qu’elle ne veut plus être proche.

Mais parce qu’elle craint que chaque rapprochement soit interprété comme une promesse sexuelle.

C’est ainsi que l’absence de sexualité peut finir par faire disparaître des gestes affectueux qui n’étaient pourtant pas sexuels au départ.

« Est-ce que tu me trouves encore attirant? »

Lorsque la sexualité diminue, l’estime de soi peut rapidement entrer dans la conversation.

Même lorsqu’elle n’est jamais prononcée.

« Est-ce mon corps? »

« Est-ce qu’il préfère quelqu’un d’autre? »

« Est-ce que je suis devenue invisible? »

« Est-ce qu’elle me voit encore comme un homme désirable? »

« Est-ce qu’il me voit encore comme une femme désirable? »

L’absence de relations sexuelles peut être interprétée comme une absence d’attirance.

Mais les causes peuvent être beaucoup plus nombreuses.

Fatigue.

Stress.

Médicaments.

Changements hormonaux.

Douleur.

Santé physique ou psychologique.

Image corporelle.

Conflits non résolus.

Routine.

Charge mentale.

Ou simplement une évolution du désir.

Avant de conclure « il ne me désire plus », il faut parfois découvrir ce qui se passe réellement.

Et si personne n’en souffre?

Voici la partie qui dérange peut-être davantage notre conception traditionnelle du couple.

Et si deux personnes n’avaient presque plus de sexualité… et étaient parfaitement heureuses?

Elles s’aiment.

Elles sont tendres.

Elles ont construit une vie qui leur convient.

La sexualité n’occupe simplement plus une grande place dans leur relation.

Avons-nous vraiment besoin de leur expliquer qu’elles ont un problème?

Probablement pas.

Une relation n’a pas à répondre à une fréquence sexuelle prescrite par la société pour être valide.

Si les deux partenaires sont réellement satisfaits, leur équilibre leur appartient.

Le problème n’est donc pas nécessairement l’absence de sexe.

Le problème peut être l’absence d’accord sur la place que le sexe devrait occuper.

Quand l’un est heureux et l’autre souffre

C’est ici que la situation devient beaucoup plus complexe.

Pour celui qui ressent encore beaucoup de désir, l’absence peut devenir douloureuse.

Pas uniquement pour le plaisir physique.

Il peut manquer le sentiment d’être désiré.

La proximité.

La séduction.

La connexion particulière que la sexualité représentait.

De l’autre côté, la personne qui ressent peu de désir peut vivre une autre souffrance :

celle d’avoir l’impression de devoir fournir quelque chose qu’elle ne ressent pas.

Aucun des deux n’est nécessairement coupable.

Deux besoins différents peuvent être légitimes et néanmoins difficiles à concilier.

Faire l’amour par obligation n’est pas une solution

Lorsque la différence de désir devient évidente, certaines personnes acceptent des relations sexuelles uniquement pour « faire plaisir ».

Occasionnellement, un partenaire peut librement choisir de participer à un moment intime même si son désir n’était pas présent au départ et découvrir que l’envie apparaît ensuite.

Mais lorsque la sexualité devient régulièrement une obligation, quelque chose change.

Le corps peut commencer à associer l’intimité à une responsabilité supplémentaire.

Et le désir risque de s’éloigner encore davantage.

Le consentement ne consiste pas simplement à ne pas dire non.

Il devrait laisser suffisamment d’espace pour pouvoir réellement choisir.

Faut-il absolument retrouver la sexualité d’avant?

Pas nécessairement.

Parce que « revenir comme avant » est parfois impossible.

Et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle.

Les corps ont changé.

La relation aussi.

Peut-être que l’intimité doit elle-même évoluer.

Recommencer peut signifier retirer momentanément l’objectif de la relation sexuelle.

Se toucher.

S’embrasser.

Se masser.

Dormir enlacés.

Parler de ce qui manque.

Dire ce que l’on aimerait retrouver.

Réapprendre à être proches sans que chaque geste doive conduire quelque part.

Parfois, reconstruire l’intimité commence beaucoup plus loin du lit qu’on ne l’imagine.

La conversation que personne ne veut commencer

Comment dire :

« Notre sexualité me manque »

sans que l’autre entende :

« Tu ne me satisfais pas »?

Comment dire :

« Je n’ai presque plus de désir »

sans que l’autre entende :

« Je ne t’aime plus »?

C’est probablement pourquoi tant de couples évitent la conversation.

Mais le silence laisse chacun inventer les réponses.

Et nos propres réponses sont souvent beaucoup plus cruelles que la réalité.

Une conversation peut commencer autrement :

« J’aimerais comprendre comment tu vis notre intimité en ce moment. »

Pas pour obtenir immédiatement du sexe.

Pas pour déterminer qui a raison.

Simplement pour comprendre.

Et si le problème était ailleurs?

Une baisse importante ou persistante du désir peut parfois avoir des causes qui dépassent la relation elle-même.

Certains problèmes de santé, changements hormonaux, douleurs, médicaments, troubles du sommeil, périodes de stress intense ou difficultés psychologiques peuvent influencer la sexualité.

Lorsque le changement est marqué, inexpliqué ou vécu difficilement, en parler avec un professionnel de la santé ou un professionnel qualifié en santé sexuelle peut être pertinent.

Chercher de l’aide ne signifie pas que le couple a échoué.

Cela signifie simplement que l’on considère cette partie de sa vie suffisamment importante pour essayer de la comprendre.

Dormir ensemble n’est pas toujours être proches

Deux personnes peuvent partager quelques centimètres de matelas et se sentir très éloignées.

Inversement, elles peuvent avoir très peu de sexualité et se sentir profondément connectées.

C’est pourquoi la fréquence ne raconte jamais toute l’histoire.

La question véritable est peut-être beaucoup plus intime :

Est-ce que nous nous sentons encore désirés, entendus, libres et proches dans la relation que nous avons aujourd’hui?

Et surtout :

Est-ce que nous sommes capables d’en parler sans transformer le désir de l’un en accusation et l’absence de désir de l’autre en faute?

Parce qu’un couple ne se mesure pas au nombre de fois où il fait l’amour.

Mais lorsque le silence autour de la sexualité fait souffrir l’un ou l’autre, ce silence mérite probablement d’être brisé.

Le tabou n’est peut-être pas de ne presque plus faire l’amour. Le véritable tabou, c’est parfois de dormir côte à côte pendant des années sans jamais oser se demander si cette réalité nous convient encore.

Et vous?

Un couple peut-il, selon vous, être pleinement heureux avec très peu ou aucune sexualité?

Et lorsque les besoins sont différents, jusqu’où chacun peut-il faire des compromis sans finir par se trahir lui-même?

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