Pourquoi certaines personnes vivent-elles leurs fantasmes avec beaucoup de liberté alors que d’autres ressentent de la gêne, de la culpabilité ou même de la honte devant leurs propres pensées?
La réponse ne se trouve pas uniquement dans nos désirs. Elle se cache aussi dans notre histoire.
Bien avant de comprendre notre sexualité, nous avons reçu une multitude de messages sur le corps, l’amour, le plaisir, les relations et ce qui était considéré comme « acceptable ». Notre famille, notre culture, notre environnement social, les médias et parfois la religion ont participé à la construction de notre vision de l’intimité.
Ces influences ne déterminent pas qui nous sommes, mais elles peuvent laisser des traces jusque dans notre imaginaire érotique.
Nous apprenons avant même de comprendre
L’éducation sexuelle ne commence pas nécessairement le jour où quelqu’un nous explique officiellement comment fonctionne la sexualité.
Elle commence beaucoup plus tôt.
Un enfant remarque si l’on parle du corps naturellement ou avec malaise. Il entend les commentaires faits sur les relations amoureuses. Il observe ce qui provoque le rire, la gêne, la réprobation ou le silence.
Avec le temps, tous ces petits messages peuvent contribuer à créer des associations : certaines choses deviennent normales, d’autres mystérieuses, interdites ou honteuses.
Puis arrive l’âge adulte avec ses propres désirs.
Et il arrive que ceux-ci ne correspondent pas parfaitement à ce que nous avions appris.
C’est parfois là que commence le conflit intérieur.
Quand le désir rencontre nos croyances
Un fantasme peut surgir spontanément sans que nous sachions exactement pourquoi.
Notre première réaction peut alors être révélatrice.
« Pourquoi est-ce que j’imagine ça? »
« Est-ce normal? »
« Qu’est-ce que cela dit de moi? »
« Est-ce que je devrais avoir honte? »
Ces questions ne parlent pas toujours du fantasme lui-même. Elles peuvent aussi révéler les croyances avec lesquelles nous avons grandi.
Une personne ayant appris que la sexualité devait demeurer extrêmement discrète pourrait éprouver de la culpabilité simplement en parlant ouvertement de ses désirs. Une autre pourrait avoir de la difficulté à accepter un fantasme qui ne correspond pas à l’image qu’elle croit devoir projeter.
Cela ne signifie pas que son éducation était nécessairement mauvaise. Cela signifie simplement que nous grandissons avec certaines références et qu’à l’âge adulte, nous pouvons choisir de les revisiter.
Un fantasme n’est pas une obligation
Comprendre son imaginaire érotique ne signifie pas devoir transformer chaque fantasme en expérience réelle.
Cette distinction est essentielle.
Notre imagination possède une liberté que la réalité n’a pas. Elle peut explorer des scénarios, des rôles, des dynamiques et des sensations sans que nous souhaitions nécessairement les vivre.
On peut être intrigué par une situation dans son imagination et ne jamais vouloir qu’elle se produise réellement.
On peut également découvrir qu’un fantasme nous attire suffisamment pour vouloir l’explorer, seul ou avec un partenaire, dans un cadre consensuel et sécuritaire.
Les deux possibilités sont parfaitement compatibles avec une sexualité consciente.
Comprendre son désir, ce n’est pas lui obéir. C’est apprendre à l’écouter.
La culpabilité peut parfois nous renseigner
Lorsqu’un fantasme provoque un malaise, notre premier réflexe peut être de vouloir le repousser.
Pourtant, il peut être intéressant de se demander d’où vient réellement cet inconfort.
Est-ce que ce scénario va contre mes valeurs actuelles?
Ou va-t-il plutôt contre ce qu’on m’a appris à considérer comme acceptable?
La nuance est importante.
Nos valeurs personnelles évoluent avec l’expérience, les rencontres et la connaissance de soi. Ce que nous pensions à 20 ans peut être différent à 40, 50 ou 60 ans.
Se questionner ne signifie pas rejeter son éducation ni son passé. Il s’agit plutôt de distinguer ce que nous avons reçu de ce que nous choisissons aujourd’hui de conserver.
Réécrire certaines règles intérieures
Avec le temps, nous pouvons découvrir que certaines règles que nous pensions universelles étaient simplement celles de notre environnement.
Nous pouvons alors nous autoriser à poser de nouvelles questions.
Qu’est-ce que j’aime réellement?
Qu’est-ce qui me rend curieux ou curieuse?
Quelles sont mes limites?
Quelles valeurs sont véritablement les miennes?
Qu’est-ce que je ne souhaite absolument pas vivre?
Et qu’est-ce que j’aimerais peut-être explorer?
Cette réflexion permet de passer progressivement d’une sexualité construite autour de ce que nous croyons devoir être à une sexualité davantage alignée avec qui nous sommes.
Se donner la permission d’évoluer
Nos fantasmes peuvent changer avec les années. Nos limites également. Certaines curiosités disparaissent tandis que d’autres apparaissent.
Ce mouvement n’est pas nécessairement un signe d’incohérence.
Il peut simplement témoigner de notre évolution.
Comprendre l’influence de notre éducation sur notre imaginaire érotique permet donc moins de chercher une explication parfaite à chacun de nos fantasmes que de développer une relation plus consciente avec eux.
Il n’est pas nécessaire de tout comprendre, de tout accepter immédiatement ni de tout expérimenter.
On peut simplement commencer par observer.
Sans jugement.
Avec curiosité.
Et avec suffisamment de bienveillance envers soi-même pour reconnaître que notre imaginaire fait partie de notre histoire, sans pour autant écrire seul la suite de celle-ci.
Grandir, c’est aussi découvrir que certaines règles nous ont été transmises… et que nous avons maintenant le droit de choisir celles qui nous ressemblent.