Au début, presque tout est à découvrir.
La première fois que l’on se tient la main.
Le premier baiser.
La première nuit.
La première fois que l’on découvre le corps de l’autre.
Ses réactions.
Ses goûts.
Ses habitudes.
Puis les années passent.
On ne se demande plus comment l’autre prend son café.
On le sait.
On reconnaît son pas dans l’escalier, son humeur à sa façon de fermer une porte et probablement même ce qu’il commandera au restaurant avant qu’il ouvre le menu.
Cette connaissance profonde est l’une des grandes richesses d’une relation qui dure.
Mais elle soulève aussi une question dont on parle moins :
Comment continuer à désirer quelqu’un que l’on connaît presque par cœur?
La familiarité est merveilleuse… et paradoxale
Une relation longue construit progressivement quelque chose que les débuts ne possèdent pas encore : la sécurité.
Nous connaissons l’autre.
Nous savons qu’il sera probablement là demain.
Nous avons traversé des difficultés, célébré des réussites et accumulé une quantité impressionnante de souvenirs communs.
Cette sécurité permet une intimité profonde.
Mais le désir possède parfois une relation étrange avec la prévisibilité.
Une partie de l’excitation des débuts venait précisément du fait que nous ne savions pas encore.
Que va-t-il faire?
Est-ce qu’elle va m’embrasser?
Qu’est-ce qu’il aime?
Que va-t-il se passer ensuite?
Avec les années, une partie de ces questions disparaît.
Le défi n’est donc pas nécessairement de retrouver exactement les sensations des premiers mois.
Il est plutôt de continuer à découvrir quelqu’un que nous croyons déjà connaître.
Votre partenaire n’est pas exactement la même personne qu’il y a dix ans
C’est peut-être l’une des erreurs les plus faciles à faire dans une relation longue.
Nous finissons par croire que nous connaissons définitivement l’autre.
Mais la personne avec qui nous vivons continue d’évoluer.
Ses goûts changent.
Son corps change.
Ses peurs aussi.
De nouvelles curiosités apparaissent.
Certaines anciennes envies disparaissent.
La personne que nous avons rencontrée il y a quinze ans existe encore, mais elle n’est probablement pas exactement celle qui partage notre lit aujourd’hui.
La curiosité consiste donc parfois à recommencer à poser des questions.
Qu’est-ce que tu aimes aujourd’hui?
Pas ce que tu aimais il y a dix ans.
Aujourd’hui.
Le désir souffre parfois de nos rôles
Avec le temps, les partenaires deviennent souvent beaucoup plus que des amoureux.
Parents.
Gestionnaires de la maison.
Partenaires financiers.
Chauffeurs.
Organisateurs.
Aidants.
Responsables des rendez-vous, des repas, des réparations et des mille petites choses nécessaires au fonctionnement d’une vie.
Ces rôles sont importants.
Mais lorsque nous regardons constamment notre partenaire uniquement à travers eux, il peut devenir difficile de voir encore la personne qui nous attirait.
Créer de l’espace pour le désir ne signifie pas abandonner les responsabilités.
Cela peut simplement vouloir dire se donner occasionnellement la possibilité d’être autre chose que les deux personnes qui gèrent le quotidien.
La spontanéité n’est pas toujours spontanée
Nous aimons beaucoup l’idée que le désir devrait apparaître naturellement.
Sans planification.
Sans effort.
Comme au début.
Mais après dix ou vingt ans, les vies sont souvent beaucoup plus remplies.
Attendre que deux personnes soient simultanément reposées, disponibles, détendues, sans obligation et spontanément remplies de désir peut devenir une stratégie assez peu efficace.
Planifier du temps ensemble ne rend pas nécessairement l’intimité artificielle.
On planifie un voyage que l’on désire pourtant réellement.
On réserve un restaurant où l’on a réellement envie de manger.
On organise une soirée avec des amis que l’on aime sincèrement.
Pourquoi le temps consacré au couple devrait-il être le seul à devoir apparaître miraculeusement dans l’agenda?
Planifier l’espace ne signifie pas planifier ce qui doit obligatoirement s’y produire.
Continuer à avoir une vie à soi
Cela peut sembler contradictoire.
Pour retrouver l’autre, il faut parfois accepter de ne pas tout faire ensemble.
Une personne qui possède ses propres intérêts, projets, amitiés et passions conserve une part d’individualité.
Et cette individualité peut nourrir le désir.
Voir son partenaire dans un contexte différent.
L’entendre raconter quelque chose que nous ne connaissions pas.
Le voir passionné par un projet.
Le regarder interagir avec d’autres personnes.
Tout cela peut momentanément nous permettre de le voir autrement.
Parce que le désir aime parfois une petite distance.
Pas nécessairement une distance affective.
Mais suffisamment d’espace pour pouvoir regarder de nouveau.
La curiosité intime évolue elle aussi
Ce que nous désirions à 25 ans n’est pas nécessairement ce qui nous attire à 45 ou 55 ans.
Et c’est parfaitement normal.
Pourtant, certains couples continuent pendant des années à reproduire essentiellement le même scénario intime.
Pas parce qu’ils l’adorent nécessairement encore.
Parce qu’il fonctionne.
Parce qu’ils le connaissent.
Parce qu’il est devenu familier.
Poser une question aussi simple que :
« Y a-t-il quelque chose que tu aimerais essayer aujourd’hui que tu ne m’aurais jamais proposé il y a dix ans? »
peut ouvrir une conversation étonnante.
Il ne s’agit pas de devoir réaliser chaque fantasme.
La conversation elle-même peut déjà créer de la nouveauté.
La nouveauté n’a pas besoin d’être spectaculaire
Lorsqu’on parle de « raviver la flamme », les suggestions deviennent parfois presque intimidantes.
Voyages.
Accessoires.
Expériences extraordinaires.
Transformation complète de la sexualité.
Mais la nouveauté peut être minuscule.
Changer d’environnement.
S’habiller autrement.
Prendre davantage de temps.
Changer l’heure habituelle.
Partager un fantasme.
Créer une ambiance différente.
S’embrasser longtemps sans décider de la suite.
Se retrouver ailleurs que dans le lit.
L’objectif n’est pas de devenir un autre couple.
C’est parfois simplement de sortir suffisamment de l’automatisme pour recommencer à être attentif.
Le désir ne devrait pas devenir un devoir
Il existe cependant un danger lorsqu’on commence à vouloir « travailler » sur le désir.
La sexualité peut devenir une nouvelle responsabilité.
Il faudrait avoir davantage de rapports.
Être plus créatif.
Essayer de nouvelles choses.
Retrouver la passion.
Et soudainement, ce qui devait être une source de plaisir ressemble à un autre objectif de performance.
Le désir ne se commande pas.
Une période plus calme n’indique pas automatiquement qu’une relation est en difficulté.
La fréquence peut fluctuer énormément au fil des années.
Fatigue, stress, changements corporels, responsabilités, médicaments, santé, événements de vie : de nombreux éléments peuvent influencer le désir.
La question importante n’est pas nécessairement :
« Est-ce qu’on le fait assez souvent? »
Mais plutôt :
« Est-ce que la place que la sexualité occupe actuellement dans notre relation nous convient à tous les deux? »
Parler avant que le silence s’installe
Les conversations sur le désir sont parfois repoussées parce qu’elles semblent dangereuses.
« Si j’en parle, l’autre va penser qu’il ne me satisfait plus. »
« Elle va croire que je ne la trouve plus attirante. »
« Il va se sentir obligé. »
Alors on attend.
Puis chacun construit sa propre interprétation du silence.
Parler tôt permet souvent d’éviter que le sujet devienne une accusation.
On peut dire :
« J’aimerais qu’on retrouve davantage de moments à nous. »
plutôt que :
« Tu ne me désires plus. »
La différence semble petite.
Émotionnellement, elle est immense.
Le corps change, la sexualité peut changer aussi
Une relation de vingt ans traverse nécessairement des transformations physiques.
Le corps que l’on connaissait évolue.
Les sensations peuvent changer.
Certaines choses deviennent moins confortables.
D’autres deviennent plus intéressantes.
Cela peut demander de modifier certaines habitudes.
Mais changer ne signifie pas nécessairement perdre.
Cela peut aussi signifier découvrir une sexualité différente : plus lente, plus consciente, plus communicative ou simplement moins centrée sur ce que l’on considérait autrefois comme « la bonne façon » de faire.
L’expérience peut devenir une force lorsque nous acceptons de ne pas demander à notre corps de rester exactement le même.
Ne pas chercher à retrouver le début
Après vingt ans, vous ne redeviendrez probablement pas exactement le couple que vous étiez après trois mois.
Et heureusement.
Vous avez quelque chose que ce jeune couple n’avait pas encore.
Une histoire.
Une confiance.
Des souvenirs.
Une connaissance du corps de l’autre.
Une complicité construite à travers des milliers de journées ordinaires.
L’objectif n’est donc peut-être pas de raviver l’ancienne flamme.
Cette expression suppose que la meilleure version du désir appartient au passé.
Et si l’objectif était plutôt d’en découvrir une nouvelle?
Continuer à se rencontrer
Une relation longue peut créer l’impression que la découverte est terminée.
Mais tant que deux personnes continuent d’évoluer, il reste quelque chose à découvrir.
Le désir à long terme ne repose peut-être donc pas sur la capacité à préserver éternellement le mystère des débuts.
Il repose davantage sur notre volonté de ne jamais considérer l’autre comme complètement connu.
Le regarder.
L’écouter.
Lui poser de nouvelles questions.
Accepter qu’il puisse encore nous surprendre.
Et lui laisser suffisamment d’espace pour continuer à devenir quelqu’un que nous aurons envie de rencontrer encore et encore.
Après dix ou vingt ans, le secret n’est peut-être pas de retrouver la personne dont nous sommes tombés amoureux. C’est de rester curieux de celle qu’elle est devenue.